Bonnerentréetoutlemonde
Fin du Monde
I’m no angel (chapitre deux)
Adam Chodzko, Taleb Lachheb et Clara Roumégoux
Curation : Virginie Sistek & Nicolas Ponce
Mae West - Lausanne
0526.09.2026
Bonne rentrée tout le monde. C’est le sujet de conversation premier que j’ai eu ce soir. La rentrée. Nous étions mignonnexs sur le trottoir, le ventre qui n’avait pas tardé à gonfler et les gorges rauques, l’envie irrésistible de changer immédiatement d’interlocuteur.ice car celles d’à côté ont l’air d’y arriver mieux, à converser, regardez elles en rigolent même et ont des dents blanches comme neige sur cimes malheureuses. Cela m’avait manqué, je l’avoue. Disons qu’après un été passé à contempler la chute des différents empires, on ne pouvait pas vraiment tomber mieux que sur le deuxième chapitre de la série d’exposition I’m no angel, à l’espace Mae West. Pensé pour proposer aux artistes -en tous cas c’est ce dont je me rappelle du premier volet- de s’occuper à leur manière de Mae West (icône déchue d’Hollywood) ou en tous cas ce à quoi cela appelle, ce deuxième épisode nous offre à circuler notamment dans un travail de Taleb Lachheb (FRANCE FIST : exporama, 2026) : un ensemble d’images découpées et collées sur du carton, accompagnée d’une bande son d’un texte lu par ses soins. Une installation ultra-référencée (et des bonnes, je vous l’assure) donc tropologique in se qui, placée au milieu de l’espace d’exposition, agit comme une sorte de réunion espiègle car sociale, cette dernière notion étant terriblement renforcée sinon amenée par les pièces de Clara Roumégoux (Caffeine Values, 2026). Plusieurs accoudoirs interprétés par des blocs rectangulaires qui jouent un peu à la composition formelle puisqu’accompagnés par quelques sachets plastiques en leurs dessous, de différents coloris, quelques sacs de convives peut-être. En tous les cas on parle de sculptures un poil fragiles matériellement qui, de par leur place dans l’espace, activent une certaine conscientisation de sa propre position tout en, paradoxalement, nous amenant à une certaine immobilité via l’inusabilité de ce qu’elles représentent. Un rapport corporel entre en jeu sans vraiment faire perdre ou gagner quiconque : j’ai plus apprécié une de ses autres pièces présente (Super light / original, 2026). Un distributeur de paquets de cigarettes japonaises dont la marque si bien dénommée « Hope » n’annonce définitivement rien de bon. On y voit un bar (Bar, 2026), aussi, sorte de structure quasi-formaliste qui, notamment parce qu’on la dirait tombée du ciel comme une enclume, force un peu la compréhension des accoudoirs sus-mentionnés au cas où nous n’avions pas vraiment compris que c’en était, ce qui fut mon malheureux cas. Mes faiblesses. Ce qui est aussi intéressant à sortir de cette première expo de la saison (youpi), c’est peut être un remerciement à faire à l’espace Mae West de s’occuper de son cas. Enfin on comprend pourquoi un nom a été choisi, et il apparaît alors comme une véritable proposition en soi (ça se voit toujours si les curateur.ices sont artistes ou pas). Le sort de Mae West n’est définitivement plus réduit à une histoire de décor ou de sphère réduite Hollywoodienne, mais apparaît beaucoup plus grandiloquemment comme celui de toute une société. On en apprend quelques nuances avec cette exposition qui nous rappelle un peu à l’ordre, aussi, grâce à la vidéo d’Adam Chodzko (Reunion : Salò, 1998), une dans laquelle l’artiste a convoqué une des figurantes des 120 jours de Sodome de Pasolini accompagnée de sosies de ses compères de l’époque. Le ventre tendu, comme dit plus haut, par une bière aigre, j’avais des relans quand je me rappelais certaines scènes du film et l’ambiance de réunion de classe post-sadistico-mussolinienne de ladite vidéo n’y ajoutait rien de très arrangeant, pour mon plus grand plaisir. Une affaire rondement menée, tout roule, circulez.